Femmes des années 2020,…Chanteuse d’orchestre et Franc-Maçon…

Est-ce que vous l’entendez cette chanson de Michel Sardou, dans laquelle il disait tout doucement en introduction qu’il avait rêvé « l’étrange drame d’être une femme » et aussitôt, il enchainait dans un rythme endiablé un récital de toutes les nuances de la « Femme des années 80 » , comme celle de « chanteuse d’orchestre et Franc-Maçon »: une mélodie entrainante, une voix affirmée, une impulsion excitante, une ode à la femme des années 80, un optimisme rayonnant, tous les atouts d’un tube que l’on écoute toujours actuellement et qui entre en nous vocalement et musicalement. Des combats venaient d’être gagnés, les femmes pensaient que bientôt, elles auraient enfin les mêmes droits que leurs frères, pères, maris, amis…Je n’étais qu’une enfant mais je me souviens très bien de ma mère, mes tantes s’époumoner en dansant avec le regard brillant de la victoire comme si tout allait s’enchainer très vite vers la voie du modernisme, de la tolérance, de l’équité et de l’égalité mais, voilà, quand on écoute bien, et qu’on relit « étrange drame », cela nous interpelle… Pourquoi serait-ce un drame que d’être une femme ? Michel Sardou, voulait-il sous-entendre combien c’était difficile ? Alors qu’en est-il 40 ans après ?
Le 8 mars dernier, une sœur de ma Loge nous évoquait dans ses 5 minutes de symbolisme, cette fameuse journée consacrée aux droits des femmes et déplorait qu’il y en ait encore une. Si l’on remonte à l’origine de cette journée, elle viendrait d’un mouvement de grève de femmes russes à Petrograd le 8 mars 1917. Un peu plus tard en 1982, en France, à l’initiative du MLF, on décrète un 8 mars le statut officiel de cette journée… Et donc depuis, partout dans le monde, chaque année on rappelle à l’humanité entière que la moitié de l’humanité a les mêmes droits que l’autre moitié… Des droits simples, érigés par Olympe de Gouges, qu’il est nécessaire de légitimer comme vivre libre de toute violence et discrimination, le droit à l’éducation, à la propriété, le droit de voter, d’avoir un salaire égal à compétences égales, le droit d’exercer dans n’importe quelle profession…
Alors, oui, depuis les années 80, en France, beaucoup plus de femmes travaillent et atteignent le rétablissement des droits qu’elles devraient avoir depuis la nuit des temps mais il n’en demeure pas moins que des inégalités persistent dans les écarts de salaires, les travaux domestiques et la surcharge mentale. Et que finalement, en quarante ans, l’évolution n’est pas celle attendue des femmes des années 80…
Dans le monde maçonnique, la première femme qui aurait été élue Franc-Maçon serait Elisabeth Aldworth en Irlande car son père Vénérable Maître présidait régulièrement une Loge maçonnique dans sa propre maison et la jeune femme, curieuse, aurait surpris un jour une cérémonie : pour s’assurer de son silence les membres auraient décidé de l’initier. Cette légende peut-elle nous enchanter ? Une femme initiée pour ne pas qu’elle révèle les secrets… Décidément… Peut-être payons-nous les travers de nos aïeules Eve, Lilith ?
Cependant, peut-on en vouloir aux Francs-Maçons de l’époque quand dans leurs textes, la condition primordiale pour être initié était avant tout d’être un homme « libre » alors que les femmes ne l’étaient pas ?
Pourtant, Laetitia Carlier, conservatrice au musée belge de la Franc-Maçonnerie, explique au micro de RTBF qu’on a retrouvé des gravures très anciennes qui démontrent que la mixité remonte à bien plus longtemps que l’histoire nous le fait croire. Alors légendes ou mystères ?
En France, l’émancipation commence aux 16e et 17e siècles avec Madame de Sévigné et Madame de Maintenon qui tenaient des salons littéraires et philosophiques qui, petit à petit, sont devenus des Loges d’adoption de regroupements de femmes mais sur la surveillance des frères Francs-Maçons.
Chez nous, à la GLMF, dans chaque Loge, on ressent beaucoup de respect et d’équité. Nous avons de la chance à la GLMF d’être des sœurs Francs-Maçons en toute égalité en revendiquant nos différences. Car c’est un fait, les hommes et les femmes sont différents mais ils doivent avoir les mêmes droits, la complémentarité ne doit pas impliquer la soumission mais le partage. Pour terminer, je dirai qu’après tout les obédiences exclusivement masculines ou féminines, pourquoi pas ? Un homme ou une femme « libre » peut avoir le désir de travailler avec uniquement des frères ou des sœurs, même si cela ne représente pas le monde profane et l’universalité. En revanche, ce qui me choque profondément c’est cette fermeture aux visiteuses dans les loges masculines et aux visiteurs dans les loges féminines… Le manque d’accès à l’autre, le mur opposé à l’autre représente pour moi le commencement d’un dénigrement.
Dans le monde profane comme maçonnique, il reste encore beaucoup de travail pour déconstruire les esprits étriqués de certains hommes ou femmes qui, fort heureusement, ne représentent pas l’Humanité.
Agissons, agissons, agissons… Espérons.

Marie-Blanche Cordou