Discours laïque du 10 décembre 2017 au Square Nadar

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« …Elle proclame le principe de laïcité considéré comme l’opposition à toutes les aliénations et notamment à toute influence dogmatique. Elle se réfère à la liberté absolue de conscience… »

Voici les mots qu’entendent les membres de la Grande Loge Mixte de France, à chaque fois, qu’ils commencent leurs travaux. Ces mots sont ceux de l’article 1er de notre constitution. Si la forme diffère, le fond est le même et ces mots sont, pour l’essentiel, ceux des Obédiences ici présentes ; Obédiences qui sont attachées tout autant que nous, au principe de laïcité.

La plus part du temps, l’être humain est ainsi fait : quand il possède quelque chose, même si avant de l’avoir, cela lui a paru capital, voire, si cela l’a conduit à s’investir totalement pour l’obtenir… Le temps et la force d’habitude aidant, il arrive trop souvent que l’Homme n’arrive plus à mesurer l’importance de ce qu’il a désiré avec conviction. Ceux qui ont souffert de la guerre, ceux qui ont été sous le joug de la dictature, ceux qui ont connu le besoin, mesurent, certainement, beaucoup mieux que les générations qui les suivent, l’importance de la paix, de la démocratie ou d’avoir le nécessaire pour vivre décemment.

A mon sens, il en va de même avec la laïcité.

Aussi, plutôt que discuter de l’importance d’être dans un pays laïc ou de vous entretenir de l’actualité relative à la laïcité en France, je vous invite à faire un simple exercice de réflexion….

Si, aujourd’hui, 112 ans après la promulgation de la loi de 1905, celle-ci n’avait pas eu lieu ?

Si, tous les jalons posés au cours de notre histoire, qui ont permis d’arriver à la loi du 9 décembre 1905, n’avaient pas eu lieu ?

Si, postérieurement à cette loi, toutes les mesures mises en place en faveur de la laïcité, n’avaient pas eu lieu ?

Où, en serions-nous ?

Où en serait la France, aujourd’hui : 10 décembre 2017, plus d’un siècle après la promulgation de la loi de séparation des Eglises et de l’état?

Où en serait-notre République, si elle n’était pas séparée des Religions ?

Mesurons par cette simple réflexion, l’étendue de ce que nous apporte ce principe de paix et d’unité par-delà les différences… qu’est la laïcité.

Quelles seraient les tensions si ce gardien de la tolérance n’avait pas droit de cité en France ?

Quelle serait l’indépendance de chacun de nous si ce garant des libertés individuelles n’existait pas ?

Quels seraient nos droits si nous n’avions pas ce vigile contre l’ingérence des Eglises (quel qu’elles soient) dans l’exercice de tout pouvoir politique ou administratif ?

Aurions-nous les mêmes avancées sociales, médicales ou culturelles… et cætera… ?

Aujourd’hui, je m’autorise à penser que la laïcité est bien plus qu’une « Conception et organisation de la société fondée sur la séparation de l’église et de l’état » ainsi que la définit le Larousse. Ce principe qui régit nos institutions est ce que je me permets de qualifier  « un principe vivant » à l’instar de la paix et de la liberté, avec toutes ses subtilités, tout son historique. Comme toute entité vivante, il est vulnérable. Nous devons prendre la dimension de ce qu’il a de précieux, nous devons avoir conscience de sa fragilité, nous devons garder présent à l’esprit que ce n’est pas un acquis immuable et définitif.

La laïcité est un « principe vivant » aussi nous devons l’alimenter de nos efforts et construire sur les fondations de ce que nous ont légué nos prédécesseurs, la laïcité que nous transmettrons demain à nos enfants.

Restons vigilants. Au moment où tout ce qui nous entoure bouge, revenons sur les fondamentaux : construire un monde meilleur.

Merci de votre attention et de votre présence cet après midi

Guy Maingain, Grand Maître adjoint aux Affaires Extérieures