Conte pour enfant et adulte

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Nous vivons une époque trouble, violente, haineuse.

Nous vivons une époque trouble, violente, haineuse. Les élections pour un nouveau Président arrivent avec leur cortège de scandales et de crocs en jambes. La politique ne s’écrit pas toujours avec une majuscule !

Alors j’ai eu envie d’essayer de rêver encore un peu avant devenir enfin plus sérieux.

« Il était une fois dans un pays pas très lointain, une petite plante qui vivait dans la nature. Son environnement était difficile et souvent agressif. Elle devait affronter un climat parfois capricieux passant du froid qui gèle, au chaud qui cuit et assoiffe, la pluie violente, la grêle, la neige…

Sans compter les taupes, les insectes tels que les pucerons, les courtilières, les sauterelles et autre vermine. Les plaies d’Egypte quoi !

Elle était entourée de plantes amies, mais aussi de certaines beaucoup moins sympathiques et très envahissantes : des chardons, du liseron, de la mauvaise herbe…

Bref ! La vie et son cortège de souffrances ; mais elle vivait en liberté, insouciante, loin du bêton et du bitume. Quoique ?

Elle n’était pas très jolie, mais on sentait en elle un potentiel. Il suffisait d’un peu d’eau, peut être un peu d’engrais bio pour être à la mode, un peu de désherbant bio également, et surtout sélectif, pour se débarrasser des gêneurs et des indésirables.

Quelques oiseaux avaient bien tenté de transporter ses graines ailleurs, mais sans succès.

Et puis un jour un promeneur vint à passer, ce qui du reste est normal pour un promeneur. C’était un vieux monsieur ou peut être une vieille dame, elle ne se souvient plus. De toute façon quelle importance, si ce n’est pour éviter les problèmes avec quelques personnes du Gouvernement, et puis la vieillesse aplanit les différences et les sexes.

De toute façon c’était quelqu’un de sage et dont l’occupation principale était de faire de la botanique, à moins que ce soit pour ramasser des pissenlits ; c’est bon les pissenlits en salade, même sans lardons.

Voilà notre plante déracinée avec soin et mise dans un panier.

La transition fut difficile, quelques racines arrachées, une promiscuité dans le panier, le transport pas très confortable et secoué, un manque d’eau et enfin le replantage dans une terre inconnue avec trop d’eau au début succédant à la soif de la promenade.

Et  tous ces nouveaux voisins parfois prétentieux et suffisants, pensez, une plante de la campagne, ignorante pour le moins.

Et puis on se fait à tout, elle se plait bien dans son jardin avec tous ses amis qui se ressemblent, même si parfois elle regrette un peu sa liberté.

Elle a bien grandi, elle est plus vigoureuse, presque belle. Encore un peu d’effort et elle sera aussi belle que ses amis, c’est du moins eux qui le disent et même le décident !…

La vie s’écoule calmement dans le petit jardin avec de nouvelles plantes qui arrivent et d’autres qui grandissent et deviennent plus belles. De temps en temps il y a des chardons mais il y a un jardinier qui veille et tout rentre vite dans l’ordre.

Le jardinier, c’est lui qui dirige le jardin, car il faut bien quelqu’un qui arrose, étende de l’engrais, donne une meilleure exposition au soleil, c’est très important le soleil. La lune aussi du reste, surtout pour la croissance, et puis sa lumière est plus douce, plus modeste.

De temps en temps le jardinier change car il a besoin de se reposer pour rester efficace. Et puis c’est difficile d’être jardinier vous savez !

Un jour il est arrivé un jardinier très beau qui adorait son travail. Il fallait voir comme il s’occupait de son jardin, comme il bichonnait ses plantes…

Tout le monde l’aimait.

La rumeur disait qu’il appartenait à un club où tous les jardiniers étaient beaux comme lui et portaient aussi des noms compliqués et prétentieux…

La petite plante l’admirait beaucoup et rêvait, elle aussi, de devenir à son tour jardinier. Mais comment faire lorsqu’on est seulement une petite plante qui ne peut pousser que grâce à toutes les autres plantes de son jardin et surtout grâce à son jardinier ?

Heureusement comme dans tous les contes, une fée vint à passer par là et transforma la petite plante en un beau jardinier, mais juste pour un temps précis. Après, telle Cendrillon, elle redeviendrait une petite plante comme les autres.

Un coup de baguette magique et hop. La petite plante est transformée en un beau jardinier avec une belle salopette et un beau chapeau de paille.

Au début elle est très fière dans son nouveau rôle, un peu maladroite, et puis le temps passe et elle prend de l’assurance ; un peu trop peut être.

Elle s’occupe tellement bien de son jardin…

Mais peu à peu elle se sent indispensable et irremplaçable ; elle n’a plus envie de revenir une petite plante ordinaire et elle prend de plus en plus de place n’écoutant plus les soupirs de ses amies qui attendent ses soins. Elle finit même par les négliger. Elle se prend pour le soleil, elle est le soleil !

Le temps de la fin du charme approche.

Ça y est, tout est terminé, elle redevient une petite plante.

Comment faire pour se retransformer en jardinier et faire partie de son club ? La fée a disparu !

Elle devient aigrie, suffisante. Les autres n’existent plus, ou pour mieux la mettre en valeur. Ses racines s’étendent et étouffent les plantes voisines qui pourraient lui faire de l’ombre. Elle détient la vérité… Elle brille.

Où es-tu petite plante ?

Tu te rappelles d’où tu viens ?

Et tes amis ?

Non ! Elle n’écoute pas, rien ne la retient dans sa quête du soleil. Une maladie bien connue l’a contaminée ; un mal sournois et irréversible contre lequel il faut lutter en permanence, sans répit. Grave !

Un mal congénital que toutes les petites plantes possèdent au plus profond de leur cœur. Toutes les petites plantes, sans exception.

Et comme dans tous les contes, la petite plante finit par rencontrer une méchante fée qui lui promet de redevenir jardinier dans le club fermé, ou presque, des grands jardiniers. Mais elle doit vendre son âme.

Attention cette méchante fée guette toutes les petites plantes.

Mais rassurez-vous, il ne s’agit que d’un conte.

Heureusement car il n’y a ni happy end, ni leçon de morale. »

                                                                                                                         Guy Lecourt 18/02/2017